« Dissident, il va sans dire », de Michel Vinaver, l’un des auteurs contemporains majeurs du théâtre français, est une pièce en un acte et douze morceaux issue de son théâtre de chambre qu’il définit lui-même comme « un théâtre pauvre et disons léger, par ses moyens. Pas d’histoire. Dialogues où le silence joue avec la parole ». La pièce est une étude intimiste sur l’univers quotidien de deux êtres esseulés, en survie sociale, une mère et son fils dont l’attachement réciproque n’empêche ni les malaises ni les incompréhensions. Entre eux, la parole est difficile, les échanges banals, effilochés. La tension est créée par le glissement à peine perceptible du fils vers la dissidence.C’est un tour de force qu’accomplit la Compagnie Daru-Thémépô installée dans l’Essonne, qui, depuis 1976, travaille le théâtre de marionnettes : « marionnettiser » un texte conçu à l’origine pour des comédiens de chair et de sang et réussir à garder intacte la puissance du texte de Vinaver. Les deux mannequins au corps noir, squelettique et articulé, portent l’empreinte de la fragilité propre aux personnages. Ils ne se distinguent que par leur tête de bois blanc, traitée comme un dessin réaliste. Deux fauteuils et un sofa blancs eux aussi. La lumière blafarde d’un néon. Le texte dit par un seul comédien est fixé sur une bande son. Sur le plateau n’a lieu que la manipulation physique des mannequins par deux acteurs-manipulateurs vêtus de noir.